Le designer Noé Duchaufour-Lawrance s’expose à la villa Noailles

Été 2023, nous visitons la Villa Noailles, maison cubiste varoise sur les hauteurs de la vieille ville d’Hyères. Cette bâtisse, résolument avant-gardiste, fut la maison de villégiature du vicomte et de la vicomtesse, Marie-Laure et Charles de Noailles. Rachetée par la ville d’Hyères en 1973, elle est restaurée quelques années plus tard pour devenir aujourd’hui un centre d’art et de design contemporain renommé.

C’est ici que se déroule chaque année la Design Parade Hyères, présidée en 2023 par le designer Noé Duchaufour-Lawrance. L’occasion de découvrir les collections de son projet personnel ‘Made in Situ’ et l’histoire de la villa qui fête aujourd’hui ses 100 ans.

‘Made in situ’, l’édition personnelle du designer Noé Duchaufour-Lawrance

On dit souvent qu’en prenant de l’âge, on se défait du superflu. C’est un peu l’effet que nous a fait l’exposition du designer Noé Duchaufour-Lawrence à la villa Noailles. Son projet d’autoédition ‘Made in situ’, illustré au travers de différentes collections de mobilier et d’objets, donne la parole à la matière et à la sobriété.

Après des années de création pour les plus grandes maisons, Noé Duchaufour-Lawrence quitte Paris en 2017 et s’installe à Lisbonne où il renoue avec son amour pour l’océan. De là, le designer et architecte d’intérieur français se lance dans sa propre édition d’objets, plus personnelle, plus « humaine », en s’entourant d’artisans locaux aux savoir-faire uniques.

J’ai eu envie d’être au contact de la matière, de ses origines, et des gens qui la transforment, afin de donner un sens tangible à mes projets. 

Noé Duchaufour-Lawrence

L’espace piscine

En introduction à cette exposition, nous découvrons le cheminement créatif du designer, les matériaux et les différentes collections que composent le projet ‘Made in situ’.

Après avoir quittés nos chaussures, nous pénétrons ensuite, pieds nus, dans l’espace de la piscine où sont exposés les triptyques ‘Azulejos’, expression graphique de l’océan et témoin de la technique de la céramique portuguaise de Viuva Lamego. La collection ‘Burnt Cork’ est également exposée avec la chaise et la chaise longue en liège brûlé, issu des forêts incendiés de l’Algarve durant l’été 2017. L’immense espace d’exposition est baigné de lumière et entouré de grands rideaux en lin naturel tissé en Belgique. Au sol, le liège noir redessine l’emplacement de la piscine, cerné de tomettes sombres de Raujolles, pâtinées à la main. Nous avons aimé la scénographie immersive, presque sensorielle, à la croisée du design, de l’art plastique et de l’artisanat. Elle illustre parfaitement le cheminement du designer qui veut créer un lien perceptible entre l’objet créé, son territoire géographique et l’humain qui lui donne vie.

L’espace squash

Le volume de la salle de squash continue de sublimer les objets et nous plonge visuellement dans ‘Barro Negro’, une collection mettant en avant la céramique noire de Tondela. Il y a un contraste très fort entre le noir du liège et des vases, et le blanc des grands murs environnants. Le puits de lumière, apporté par la percée de l’immense natte du plafond, théâtralise la mise en scène des objets.

Coup de cœur de Husk pour les bougeoirs noir et or de la collection ‘Bronze & Beeswax’ avec ses bougies en cire d’abeilles fabriquées par Giesta au Portugal.

La Villa Noailles, 100 ans d’art et d’histoire

En janvier 1923, le vicomte et la vicomtesse de Noailles reçoivent en cadeau de mariage un terrain à l’abandon sur les hauteurs de la ville d’Hyères. De 1923 à 1925, sur des hectares de maquis et les ruines d’un vieux château, Robert Mallet-Stevens et Léon David, les architectes, dessinent l’une des villas les plus avant-gardistes de l’époque : la maison de vacances de Charles et Marie-Laure de Noailles, appelée ‘Saint-Bernard’ par ses propriétaires. Cette bâtisse imposante, tel « un paquebot immobile », devient un lieu expérimental et artistique où se côtoient artistes et intellectuels de l’époque.

Au delà de l’art, dont Charles et Marie-Laure de Noailles sont les mécènes, la villa du clos Saint-Bernard est également le théâtre d’expression d’un nouvel art de vivre : sobriété, lumière, piscine intérieure (première piscine privée de l’époque !), salles de sports… et grand jardin aménagé surplombant la vieille ville.

En 1970, Marie-Laure de Noailles, qui passe la plupart de son temps à peindre, décède. Charles, son mari, prend la décision de vendre la maison à la ville. Elle est pendant des années laissée à l’abandon puis, en 1988, elle est restaurée en plusieurs étapes pour devenir un centre d’art, d’architecture et de design à la renommée internationale.

Hommage en portraits

Dans le cadre du centenaire de la Villa, le centre d’art commande des portraits de Marie-Laure et Charles de Noailles à de jeunes talents et à des artistes confirmés. Chacun interprète le couple à sa façon, que ce soit par la peinture, le métal, la céramique ou même la broderie. Un patchwork de techniques artistiques qui rend un bel hommage au caractère visionnaire et mécéne de Marie-Laure de Noailles.

Exposition ‘Made in situ’ de Noé Duchaufour-Lawrance à voir jusqu’au 3 septembre 2023.
Autres expositions sur https://villanoailles.com/festivals/design-parade-hyeres-17e-festival-international-de-design

Villa Noailles
47 Montée de Noailles, Hyères

Horaires d’été – du 24 juin au 3 septembre :
Ouvert du mardi au dimanche de 14h à 20h.
Nocturne le jeudi de 15h à 21h
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Fermeture le lundi.
Entrée gratuite
Visites guidées à partir du 27 juin du mardi au dimanche à 15h et 17h sans réservation